Le monde ancien s’en est allé, un nouveau monde est déjà né.
Ces paroles d'un cantique de l'Avent nous promettent la venue de Dieu dans ce monde, qu'Il assume pleinement, sans nous dire les conditions de l'effacement voire du délitement du monde ancien.
On nous dit que la bataille pour le climat est perdue. On nous alarme en répercutant les paroles du premier ministre anglais qui assure que des navires de guerre protègeraient les eaux nationales et garantiraient la pêche britannique. On découvre, semaine après semaine, toutes les peines du monde à garantir la sécurité dans les rues de Paris contre les exactions de groupuscules !
C'est peu dire de ce monde qui vient : inquiétant, menaçant, déroutant tant au plan international, européen que national.
L'Eglise dans ce monde connaît les affres de cette décrépitude tout en ayant le devoir de porter une Espérance.
Le nombre d'Eglises fermées n'est qu'à l'aune de la pratique dominicale qui se raréfie dans le monde rural et qui parvient, vaille que vaille, à se maintenir dans quelques paroisses urbaines.
Cet effacement et ce changement de paradigme ne sont pas nouveaux et on ne fait qu'étaler des constats dont les premiers signes datent de plusieurs décennies.
Toujours est-il que la culture chrétienne s'estompe, y compris chez les catholiques ; que la transmission sacramentelle est sérieusement en baisse ; que la population recourt à l'Eglise de plus en plus pour des prestations ponctuelles – baptêmes-mariages-enterrement- sans entrer réellement en dialogue avec elle et le message chrétien et sans lendemain pour la plupart. On peut donc s'appuyer sur ces derniers mais il faut leur montrer sollicitude, intérêt au nom du Christ serviteur.
Pour autant, le Royaume est toujours une invitation et la proposition chrétienne demeure. Nous sommes passés, cependant, à côté de la cible préférant jadis la politique comptable du nombre de messalisants au développement d'une proposition de la foi adaptée à chacun et rejoignant la réalité du monde. Le nombre nous a endormis et nous a fait abaisser la garde de la vigilance. Le christianisme risque désormais de ne plus être vu comme un trésor de ressources mais comme un bastion à sauvegarder pour les derniers des mohicans. Bref, une figure de l'Eglise disparaît et doit disparaître sans que nous discernions encore les contours de sa représentation à venir. C'est là tout le malaise ! Qui plus est, les catholiques eux-mêmes risquent de desservir la cause du Royaume, hantés qu'ils sont par la désaffection dominicale et ne proposant souvent que la messe comme horizon et proposition. La période que nous vivons est patente : la messe, la messe, la messe ! La rencontre d'un jeune, celle d'un adulte en recherche ne peut se solder par la seule invitation à venir à la messe, cela d'autant plus que nos assemblées ne sont pas forcément très appelantes et accueillantes. En effet, une autre épine, depuis des décennies, est l'individualisme et la forme très privative de la foi ! Cet individualisme qui privatise Jésus-Christ à son intérêt personnel qui fait, par exemple, que l'on ne prenne pas la feuille dominicale, que l'on n'ait cure des annonces paroissiales et pour qui seul compte, l'horaire d'une messe, pour bien avoir son Jésus ! Tant qu'il y a la messe ! Le reste ne compte pas beaucoup ou si peu. Ces personnes sont peut-être les mêmes qui ne liront pas ces pages ! On n'a guère appris – et pour cause – à échanger, à proposer, à innover, à intégrer la Parole de Dieu et à partager sur l'essentiel. On sort à peine, et pas partout, du formalisme, du conventionnel et du prêt à porter liturgique !
On en arrive donc à des obsèques chrétiennes où l'assemblée ne répond pas aux prières proposées, ne chante évidemment pas si ce n'est les deux ou trois chants que le souvenir des années 60 extirpe encore de l'anonymat. Une assemblée avec laquelle il est bien difficile de communiquer liturgiquement et qui peut sembler étrangère à ce qui se passe autour de l'autel. Certes, les retours restent positifs en ce sens où l'attention portée, la parole proposée, l'écoute de la famille en deuil marquent les personnes dans leur sensibilité.
Il arrive de même, lors de baptêmes, de constater que des participants y compris de la famille proche concernée, sont incapables de dire le Notre Père ou le Je vous salue Marie. Se posent alors d'autres questions, celle de la proposition des sacrements, de leur préparation et de leur acceptabilité. Demander un baptême, un mariage pourrait-il demander délai, maturation, expérimentation, report, refus ponctuel au prétexte du manque de motivation, d'enracinement et de perception de la vie ecclésiale ? La politique est évidemment d'améliorer les conditions d'accessibilité aux sacrements tout en misant sur la force de l'Esprit Saint qui a tout de même le dernier mot en la matière. Nous avons à être de bons gérants du dépôt de la foi et non pas les gardiens du Temple !
La crise n'est donc pas nouvelle et tout fout le camp depuis plus de 60 ans. La désaffection ne touche pas tant les jeunes du catéchisme que leur grands-parents qui déjà, filaient à l'anglaise ! La crise de la société autour de 1968 comme les Trente Glorieuses qui ont fait surfer sur un progrès enivrant et un acquis illusoire sont pour beaucoup mais tout autant le manque de sagacité de notre Eglise confortée par des critères discutables et une vision finalement étriquée. Certains imputent au Concile Vatican II tous les maux. Il est évident que des applications hâtives et des analyses purement idéologiques ont pu léser. Il faudrait énumérer les difficultés à traiter les questions du politique, du sexe et de l'argent, de l'engagement de la responsabilité citoyenne ! La question du latin, finalement, n'était que prétexte pour les uns comme pour les autres !
Remplir l'église est une chose mais ne peut être le seul but des efforts pastoraux. Il faut ainsi passer d'une politique de l'intégration à celle de la proposition missionnaire de la vie chrétienne qu'il ne faut pas résumer à la pratique dominicale. A ce propos, je suis frappé de la verticalité des propositions en ce sens où je n'ai jamais vu, autour de moi, un groupe de chrétiens prendre l'initiative de se réunir pour prier, pour échanger, pour créer une association, un groupe de vie, pour inviter à un repas d'un autre type, tenter une expérience quelque peu novatrice sans qu'il y ait une décision du curé ou une impulsion de ce dernier. Certains rétorqueront que cela relève de sa mission auquel il faudrait répondre que tout baptisé est responsabilisé dans le devoir de transmettre, de partager et de créer les conditions du Royaume qui vient.
Reste, ô combien, l'engagement admirable d'une bonne poignée de volontaires généreux qui assument la plupart des taches et permettent au reste de bénéficier d'une stabilité apparente de tout l'édifice religieux et spirituel ! Puissent-ils être remerciés et bénis par le Seigneur lui-même ! Jésus, au départ, n'en n'avait choisi que 12 !
A ce stade, certains trouveront leur curé pessimiste, au mépris sans doute, de l'énergie qu'il engage dans la paroisse. La question n'est pas là. C'est celle de savoir s'il y a des solutions ou si la descente reste inexorable ?
Ce serait là compter uniquement sur nous-mêmes, oubliant que nous devons être perméables à l'œuvre de l'Esprit Saint, le premier missionnaire ! Le pape François, d'ailleurs, est revenu sur les risques de pélagianisme dans l'Eglise. C'est-à-dire sur l'idée que tout reposerait sur nous-mêmes alors que le salut vient de Dieu seul. Mais il est vrai tout autant que l'entreprise missionnaire de choc du Pape Jean Paul II s'appuyant sur les JMJ et des instituts religieux récents et percutants n'est pas sans poser question et visiblement s'est, pour une bonne part, épuisée.
Est donc davantage en jeu L'EXPERIENCE SPIRITUELLE d'une paroisse et non pas seulement son fonctionnement, ses rouages administratifs et pastoraux. De l'organisation, il en faut mais pas faut pas s'y enfermer ! EXPERIENCE communautaire, s'entend ! Passer progressivement de la MAINTENANCE à l'EXPERIMENTATION. Bref, la paroisse peut-elle être aussi un LABORATOIRE D'EXPERIENCES ?
Certaines paroisses ont misé sur un renouveau spirituel en interne à savoir la consécration à Marie, l'Adoration, la messe autrement dit en comptant sur les seuls paroissiens d'ailleurs pas très nombreux ! D'autres ont misé sur des formules nouvelles comme les parcours Alpha à travers des repas et des thèmes préparés et partagés par les participants. Si cela a le mérite d'appeler quelques « recommençants » et d'inviter aussi quelques intéressés extérieurs ; cela ne dit rien de la nécessité de la transformation de la paroisse en interne, pour les accueillir vraiment dans leur singularité. Tout est là : accueillir ou absorber ? Il se peut également qu'on en arrive à déléguer la vie chrétienne à des mouvements ou à des propositions pas toujours en adéquation avec le reste. Tout cela est subtil et à discerner.
Mais il se peut que certains lecteurs se trouvent déjà « largués » par le discours. On peut très bien admettre que le chrétien moyen vise sa pratique dominicale, son chapelet, le denier du culte et pense que l'on cherche là encore midi à quatorze heures. Il y a sans doute plusieurs demeures dans la Maison du Père ! Car c'est bien la vision de l'Eglise qui est en jeu autant que sa mission dans un lieu donné, pour un temps "t " et non pas la piété personnelle. Parler de décroissance, d'avoir raté le coche parfois n'implique pas le pessimisme. Il ne s'agit pas tant de retrouver une recette ancienne ou des formes confortables d'une chrétienté du passé avec nostalgie mais d'accepter de voir mourir un monde et avec lui un certain type d'Eglise sans pour autant tomber dans la désespérance et le découragement. Un monde ancien s'en est allé, un nouveau monde est déjà né. Nous sommes hélas peu équipés pour le discerner et l'aider à venir, ce nouveau monde !
Le temps de l'Avent n'a cessé de nous répéter la nécessité de préparer le chemin du Seigneur mais nous ne faisons que reprendre les sillons du passé et nous ne savons faire que ce qu'on a toujours fait comme du déjà-vu. Alors comment voulez-vous que cela ait le goût de la nouveauté ? Noël même, pourtant voué à la naissance et à la renaissance doit rimer avec l'image ancienne et parfois le stéréotype. Gare à qui voudrait innover ? Pourtant Christ est toujours nouveauté !
C'est précisément considérer Jésus comme Celui qui doit venir et qui vient toujours, qui est motivant et non pas le constat présent. Si la formule d'un Renan fut à l'époque quelque peu sévère et réductrice, elle n'en fait pas moins réfléchir. Il avait écrit : « Jésus a annoncé le Royaume et c'est l'Eglise qui est venue ». Bigre ! N'empêche qu'il a raison parce que nous nous enfermons dans le fonctionnement et que nous croyons avoir tout fait parce que les horaires sont affichés, les programmes confectionnés et les liturgies préparés. Nous avons là bien apprêté l'emballage et le papier cadeau mais restera toujours à présenter la formule la plus adéquate du don pour que nos contemporains, dont les plus jeunes, soient interpellés, sollicités, appelés, conviés, intéressés. Même en famille, la formule du repas traditionnel peut ne pas être goutée ! Inventer, créer, proposer dans la diversité et s'adapter sont des verbes utiles et performants.
Je remarque toutefois que les hommes et les femmes que je rencontre sont sensibles à la dimension humaine, à l'authenticité. Cela me fait dire qu'il faut, au nom de Jésus, rejoindre l'humain en tout être. N'est-ce pas le comportement de Jésus lui-même, son mode d'être. Il va au cœur, cible la vie à cru, relève l'humain sans jamais porter un jugement et sans critique inutile. Si nous touchons cette dimension essentielle, nous pouvons aussi préparer la route au Seigneur. C'est tout le tact pédagogique et pastoral entre la dimension inductive et déductive. Nous avons tellement été mus par le devoir de transmission que nous avons pu nous enfermer dans des structures, des formules, des pratiques, des discours sans beaucoup de prise avec les jeunes et les adultes d'aujourd'hui. D'où le déphasage ! D'où l'étonnement ! D'où la désaffection ! Saint Charles de Foucauld, en Algérie, avec des populations étrangères à la foi chrétienne et parfois hostiles, a toujours privilégié la pastorale de la patience, de la bonté et de l'amitié. Il faut rencontrer l'humain, lui porter attention, respect, intérêt avant même prétendre lui porter Jésus. Au mieux, c'est parce que Jésus s'est intéressé à l'humain et à ses besoins et désirs basiques, qu'il a dévoilé l'eau vive comme le pain de vie
A l'heure où nous sommes si peu nombreux, il faudrait faire cas par cas, du porte à porte et non pas proposer à la cantonade une même formule, une même messe. Il faudrait dépasser des cadres voire les rompre pour être plus proches des personnes. Ainsi il n'y a pas un âge pour faire sa première communion, il faut une maturité spirituelle et un désir de Jésus ! Certains pourraient le recevoir plus tôt et parfois ceux qui sont en âge n'y sont guère près. Que dire de la profession de foi qui est tant prisée par les familles, pure réalité et spécificité française ? Des jeunes, revêtent l'aube blanche, arborent le cierge de leur baptême et font profession d'une foi qu'ils ne pratiquent pas beaucoup ! Cherchez l'erreur ! Les demandes de baptême sont assorties d'une proposition catéchétique, hélas, le baptême reste un atavisme familial et demain bien peu d'enfants baptisés iront à l'éveil à la foi ou au catéchisme ! Peu de baptisés iront jusqu'à la confirmation alors que les trois sacrements de l'initiation chrétienne devraient être administrés à un catholique. Notre évêque serait partisan de les donner plus tôt et de façon associée mais…Quant aux mariages, s'ils permettent de beaux échanges, ils ne sont pas toujours présence du Christ, époux de l'Eglise et sanctification d'une union !
Et néanmoins, il faut continuer, persévérer, attendre un monde nouveau ! Nous sommes encore dans une phase de transformation et de mutation de l'Eglise, des pans entiers vont encore tomber pour, peut-être, retrouver les ensemencements premiers, les audaces des temps apostoliques, les renouveaux charismatiques au même titre que les Actes des Apôtres, toujours d'actualité.
Ecrire une page d'Evangile en 2021 demande du courage et de l'espérance au cœur. Il faut remercier ceux qui ne désarment pas mais il faut aussi souhaiter une vision, une hauteur de vue spirituelle et théologique pour ne pas errer dans les ornières et les officines de sacristie. Elles ne sentent pas la naphtaline mais ne sentent pas non plus l'air du large ! Il faut consentir également à une grande humilité et un sentiment réel de pauvreté devant l'ampleur de la mission. Et c'est sans compter sur des domaines qui devraient passionner les chrétiens, habitants du XXI° siècle et de la planète : l'écologie, le rapport à l'autre dans l'immigration, le rapport à l'étranger et aux nouvelles pauvretés ; l'éthique avec le respect de la vie comme les dangers du Transhumanisme ; la jeunesse et les media etc…
Qui trop embrasse…le catholique a une vocation à l'universel et mieux vaut se perdre au large d'un océan que se morfondre dans l'arrière-boutique d'une quincaillerie ! Nous sommes parfois avec la blouse grise et le carnet à comptabiliser 5 vis et 3 boulons tout en maniant l'ordinateur et les moyens modernes de communication ! Car c'est ce à quoi on pourrait voir se réduire nos vies usées de paroisse !
A travers la crise et les crises, c'est plutôt une chance inouïe qui nous est offerte et peut-être à saisir. Dieu n'envoie pas l'épreuve et il ne nous titille pas par jeu pervers pour nous punir ou voir comment réagira sa créature. Le monde ancien s'en va. Ça y est ! Cela devrait être de l'acquis et non point de la plainte. Un monde va naître : différent, insolite, inouï. Isaïe, le prophète de l'Avent n'a cessé de l'annoncer comme un surgeon. Ne le vois- tu pas venir ? Nous pouvons nous en émouvoir au même titre que les pécheurs dans la barque et la mer agitée. Nous pouvons aussi nous en réjouir dans le tangage du présent et l'avancée lente et hasardeuse. C'est la chance d'une nouvelle expérience en eau profonde. C'est la grâce d'une découverte pas à pas ou coup de rame après coup de rame. La brume du petit matin est là donc on ne voit pas encore grand-chose. Est-ce pour autant l'agitation fébrile ou le découragement insidieux ? Il reste des hommes et des femmes dispos, ouverts mais pour quelque chose d'autre sans doute. J'en suis persuadé puisque, lorsque le langage est libre, généreux, ouvert, soucieux des personnes, je les vois sourire, acquiescer, dire un pourquoi pas et faire un pas. Le voyage au long court ne promet pas l'aisance et l'assurance mais de s'en remettre et de tout remettre au Timonier, au barreur, au seul Capitaine. Cela ne se fait pas seul. Il faut en même temps trouver quelques compagnons, travailler à la fraternité. C'est encore un défi. Ne pas avoir quelques bénévoles pour des travaux ponctuels mais des amis dans la foi et des amis avec qui parler, dialoguer, remettre, corriger, rectifier le sextant. Et là, ce n'est pas si simple ! C'est incontournable pour vivre Jésus Christ que l'on prétend annoncer ! Ce n'est pas un système à faire tourner, ni même, peut-être, des services d'Eglise à honorer ! Il faudrait recréer un esprit de fondation, un élan de première communauté chrétienne, une volonté de pionnier !
Nous étions finalement confinés avant qu'on nous le demande à cause de l'épidémie. Mais nous ne le savions pas, rivés sur notre boussole, nos compteurs, nos téléscripteurs, nos ordinateurs, nos dossiers en cours. Nous étions à nos choses sans savoir ni le jour ni l'heure. Alors il y a de quoi être surpris car le retour du Fils de l'Homme peut prendre aussi des routes inédites. La fin et le retour, ça va bien ensemble !
Je suis toujours serein quand je suis réaliste et que je regarde les choses en face tant qu'Il est là ! Nous voyons bien qu'avec nos discours, souvent, nous faisons comme si alors que ce n'est plus comme ça !
C'est aussi une nouvelle étape ou aventure avec le Christ. N'ayez pas peur ! Cela nous fut dit depuis l'Evangile. C'est à ce même évangile auquel il faut revenir, se référer. Une proposition avait été faite jadis pour les religieux : Repartir du Christ. Cela est fondamental. Le prendre au pied de la lettre, le prendre comme exemple, le suivre dans son agir, dans sa tempérance autant que dans son feu sacré pour la Maison de son Père. Rien n'est jamais perdu si cela est de Dieu. Ce qui s'en va, c'est une fausse stabilité, peut-être un leurre. Faisons tout pour ne pas léser l'humain, le servir, le respecter et Dieu nous aidera.
Avec foi, courage, affection, à hauteur d'homme et à visée divine.
P. PHILIPPE HUE (Curé de Thaon-les-Vosges)
14/12/2020
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